George S. Clason
À travers des récits inspirés de la Babylone antique, ce livre transmet des principes financiers simples, intemporels et faciles à appliquer. Il enseigne comment épargner avec discipline, gérer son argent avec sagesse et construire, pas à pas, une sécurité financière durable.
Extrait
Préface
La prospérité du pays dépend de la prospérité financière personnelle de chacun de nous.
Ce livre traite des succès personnels de chacun de nous. Le succès vient des réalisations consécutives à nos efforts et à notre savoir-faire. Une bonne préparation est essentielle au succès. Nos actions ne peuvent pas être plus sages que nos pensées. Notre façon de penser ne peut pas être plus sage que notre entendement.
Ce livre de thérapeutique pour les bourses démunies constitue un guide en matière financière. C'est en effet son but : offrir à ceux qui ambitionnent un succès financier une vue qui les aidera à obtenir de l'argent, à le garder et à le fructifier.
Dans les pages qui suivent, nous vous amenons à Babylone, berceau des principes de base de la finance, reconnus encore de nos jours et appliqués à travers le monde.
L'auteur souhaite que son livre soit une inspiration pour ses lecteurs, comme il l'a été pour tant d'autres dans tout le pays, afin qu'ils puissent gonfler leur compte en banque, remporter des succès financiers grandissants et découvrir la solution à leurs problèmes financiers.
L'auteur profite de cette occasion pour exprimer sa gratitude envers les administrateurs qui ont généreusement distribué ces contes à leurs amis, parents, employés et associés. Aucun appui n'aurait pu être plus convaincant que celui de ces hommes pratiques qui ont apprécié cet enseignement et ont réussi en appliquant les principes mêmes rapportés dans ce livre.
Babylone devint la ville la plus riche du monde dans les temps anciens, parce que ses citoyens furent les plus riches de leur époque. Ils appréciaient la valeur de l'argent et pour cela appliquèrent de solides principes de base pour l'acquérir, le garder et le faire fructifier. Ils se sont procuré ce que nous désirons tous : un capital pour l'avenir.
L'argent est la mesure universelle du succès dans notre société.
L'argent fournit la possibilité de jouir des meilleures choses de l'existence.
L'argent abonde pour qui sait comment l'acquérir.
Aujourd'hui, l'argent est soumis aux mêmes lois qu'il y a six mille ans, alors que les hommes prospères déambulaient dans les rues de Babylone.
Bansir, le fabricant de chars de la ville de Babylone, était totalement découragé. Assis sur le mur qui entourait sa propriété, il regardait tristement sa modeste maison et son atelier dans lequel se trouvait un char inachevé.
Sa femme venait souvent à la porte. Elle jetait un regard furtif dans sa direction, lui rappelant que la nourriture allait bientôt manquer et qu'il devrait plutôt se dépêcher de finir le char, le clouer, le tailler, le polir, le peindre, étirer le cuir sur la roue, afin de pouvoir le livrer et être payé par son riche client.
Cependant, son corps gras et musclé restait immobile, adossé au mur. Son esprit lent se butait à un problème auquel il ne trouvait aucune solution. Le chaud soleil tropical, si commun dans la vallée de l'Euphrate, s'abattait sur lui sans merci. Des gouttes de sueur perlaient sur son front puis tombaient sur sa poitrine velue.
En arrière-plan, sa maison était dominée par les murs en terrasses qui entouraient le palais royal. Non loin, la tour peinte du Temple de Bêl se découpait dans le bleu du ciel. Dans l'ombre d'une telle grandiosité se dessinait sa modeste maison, et bien d'autres encore, beaucoup moins propres et soignées. Telle était Babylone : tout à la fois somptueuse et simple, éblouissante de richesse et ternie par une terrible pauvreté, sans ordre, pêle-mêle, à l'intérieur des murs de la ville.
En se retournant, Bansir aurait remarqué les bruyants chars des riches qui bousculaient et repoussaient les commerçants en sandales et les mendiants aux pieds nus. Même les riches devaient poser les pieds dans les rigoles pour libérer le chemin aux longues files d'esclaves et de porteurs d'eau "au service du roi". Chaque esclave transportait une lourde peau de chèvre remplie d'eau qu'il versait sur les jardins suspendus.
Bansir était trop préoccupé par son propre problème pour entendre ou prêter attention au vacarme confus de la ville achalandée. Ce furent les notes familières d'une lyre qui le tirèrent de sa rêverie. Il se retourna et vit la figure expressive et souriante de son meilleur ami — Kobbi, le musicien.
« Puissent les dieux te bénir avec une grande générosité, mon bon ami, dit Kobbi avec un grand salut. Il me semble qu'ils ont été si généreux que tu n'as plus à travailler. Je me réjouis de ta chance. Plus, je voudrais la partager avec toi. Prie que de ta bourse, qui doit être pleine puisque tu n'es pas en train de peiner dans ton atelier, tu puisses sortir seulement deux modestes shekels et me les prêter, jusqu'après le festin des hommes nobles, ce soir. Tu ne les perdras pas, ils te seront rendus. »
« Si j'avais deux shekels, répondit Bansir tristement, je ne pourrais les prêter à personne, ni même à toi, mon meilleur ami, parce qu'ils seraient toute ma fortune. Personne ne prête toute sa fortune, même à son meilleur ami. »
« Quoi ! s'exclama Kobbi stupéfié. Tu n'as pas un shekel dans ta bourse et tu restes assis comme une statue sur la muraille ! Pourquoi ne termines-tu pas ce char ? Comment peux-tu assouvir ta faim ? Cela ne te ressemble pas, mon ami. Où est ton énergie débordante ? Y a-t-il quelque chose qui t'afflige ? Les dieux t'ont-ils causé des problèmes ? »
« Ce doit être un supplice des dieux, répondit Bansir. Cela a commencé par un rêve ; un rêve vide de sens, dans lequel je pensais que j'étais un homme fortuné. À ma ceinture pendait une belle bourse remplie de lourdes pièces que je lançais avec une insouciante liberté aux mendiants, des pièces d'argent avec lesquelles j'achetais des atours à ma femme et tout ce que je désirais pour moi-même ; j'avais aussi des pièces d'or, qui me rendaient confiant en l'avenir et libre de dépenser l'argent. Un merveilleux sentiment de satisfaction m'habitait. Tu ne m'aurais pas connu en tant que travailleur acharné, pas plus que tu n'aurais vu ma femme ridée. À la place, tu aurais vu son visage éclatant de bonheur, souriant encore comme au début de notre mariage.
« Un beau rêve, en effet, ajouta Kobbi, mais pourquoi des sentiments si plaisants devraient-ils te changer en statue immobile ? »
« Pourquoi, en effet ? Parce qu'au moment où je me suis réveillé et que je me suis rappelé combien ma bourse était vide, un sentiment de révolte m'a emporté. Parlons-en ensemble, comme disent les marins, nous voguons tous deux à bord du même bateau. Enfants, nous sommes allés chez les prêtres pour apprendre la sagesse. Jeunes hommes, nous avons partagé les mêmes plaisirs. Adultes, nous avons toujours été de bons amis. Nous étions satisfaits de notre sort. Nous étions heureux de travailler de longues heures et de dépenser notre salaire à notre gré. Nous avons gagné beaucoup d'argent durant les années passées, mais pour ce qui est des joies de la richesse, nous pouvons seulement en rêver. Bah ! Sommes-nous de stupides moutons ? Nous vivons dans la ville la plus riche au monde. Les voyageurs disent qu'aucune autre n'égale sa richesse. Devant nous s'étale la richesse, mais de cette richesse, nous n'avons rien. Après avoir passé la moitié de ta vie à travailler durement, toi, mon meilleur ami, tu n'as qu'une bourse vide et tu me dis : "Puis-je t'emprunter la modeste somme de deux shekels jusqu'après le festin des nobles, ce soir ?" Alors, qu'est-ce que je réponds ? Je dis : "Voici ma bourse ; j'en partage avec plaisir son contenu." ? Non, j'admets que ma bourse est aussi vide que la tienne. Quel est le problème ? Pourquoi ne pouvons-nous pas acquérir plus d'argent et plus d'or — plus que ce qui est suffisant pour assurer la nourriture et les vêtements ? »
« Considérons aussi nos fils, ajouta Bansir. Ne suivent-ils pas les traces de leurs pères ? Devront-ils, avec leurs familles et leurs fils et les familles de leurs fils, vivre au milieu de tous ces ramasseurs d'or et n'avoir que du lait de chèvre à boire et de la bouillie à manger ? »
« Jamais, depuis toutes ces années que nous sommes amis, tu n'as parlé ainsi », répliqua Kobbi, tout intrigué.
« Jamais, durant toutes ces années, je n'ai pensé comme cela. De l'aurore jusqu'à la nuit tombée, j'ai travaillé à fabriquer les plus beaux chars qu'un homme puisse faire, osant à peine espérer qu'un jour, les dieux reconnaîtraient mon talent et m'accorderaient une grande prospérité, ce qu'ils n'ont jamais fait. Finalement, j'admets qu'ils ne le feront jamais. Donc, je suis triste. Je désire être riche. Je veux posséder des terres et du bétail, jouir de beaux vêtements et sentir ma bourse pleine d'argent. Je suis prêt à travailler pour cela de toutes mes forces, avec toute l'habileté de mes mains, avec toute l'adresse de mon esprit, mais je désire que mes peines soient récompensées. Qu'est-ce qui nous arrive ? Je te le demande encore ! Pourquoi n'avons-nous pas une juste part des plaisirs si abondants que ceux qui ont de l'or peuvent se procurer ? »
« Malheureusement je ne connaissais pas la réponse ! répondit Kobbi. Je ne suis pas plus satisfait que toi. L'argent que me procure ma lyre est vite dépensé. Souvent, je dois planifier et calculer pour que ma famille ne souffre pas de la faim. Aussi, dans mon for intérieur, j'ai un désir profond de posséder une lyre assez grosse pour faire retentir la grandiose musique qui me vient à l'esprit. Avec un tel instrument, je pourrais faire une musique si suave que le roi lui-même n'en aurait jamais entendu de pareille. »
« Tu devrais avoir cette lyre. Personne dans la ville de Babylone ne pourrait la faire résonner mieux que toi, la faire chanter si mélodieusement que, non seulement le roi, mais les dieux eux-mêmes en seraient émerveillés. Mais comment se la procurer alors que tous les deux, nous sommes aussi pauvres que les esclaves du roi ? Écoute la cloche ! Ils s'en viennent. » Il pointa une longue colonne d'hommes à moitié vêtus, les porteurs d'eau qui revenaient de la rivière, peinant et suant, par une rue étroite. Ils marchaient, cinq de front, courbés sous la lourde peau de chèvre remplie d'eau.
« L'homme qui les conduit a une belle apparence. » Kobbi pointa l'homme qui agitait la cloche et marchait devant, sans charge. « Un homme bien en vue dans son pays, cela se devine aisément. »
« Voici plusieurs bonnes têtes dans le groupe, dit Bansir, aussi bien que nous. Des hommes grands et blonds du Nord, des hommes noirs et rieurs du Sud et des petits basanés des pays voisins. Tous marchant ensemble de la rivière aux jardins, des jardins à la rivière, chaque jour de chaque année. Aucun bonheur à espérer. Ils dorment à même la paille et mangent de la bouillie. J'ai pitié de ces pauvres brutes, Kobbi ! »
« J'ai pitié d'eux aussi. Mais sommes-nous vraiment mieux lotis qu'eux, bien que nous nous disions libres. »
« C'est vrai, Kobbi, mais je préfère ne pas y penser. Nous ne voulons pas continuer d'année en année à vivre en esclaves. Travailler ! Travailler ! Travailler ! Et n'arriver à rien. »
« Pourquoi ne chercherions-nous pas à savoir comment les autres acquièrent l'or et faire comme eux ? » interrogea Kobbi. « Peut-être y a-t-il un secret que nous pourrions apprendre si seulement nous nous efforcions de trouver ceux qui le connaissent », répondit Bansir pensivement.
« Aujourd'hui même, souligna Kobbi, j'ai croisé notre vieil ami Arkad se promenant sur son char doré. Inutile de te dire qu'il ne m'a même pas regardé ; ce que plusieurs dans sa position peuvent considérer comme son droit. Plutôt, il a fait un signe de la main pour que les passants puissent le voir saluer et accorder la faveur d'un sourire amical à Kobbi, le musicien. »
« Beaucoup le considère comme l'homme le plus riche de tout Babylone », dit Bansir.
« Si riche, dit-on, que le roi sollicite sa fortune pour les affaires du trésor », répliqua Kobbi.
« Si riche, interrompit Bansir, que si je le rencontrais la nuit, je serais tenté de le soulager de sa bourse ! »
« C'est absurde ! rétorqua Kobbi. La fortune d'un homme n'est pas contenue dans la bourse qu'il transporte. Une bourse garnie se vide vite sans réserve pour l'alimenter. Arkad a une rente qui remplit continuellement sa bourse, peu importe la façon dont il dépense. »
« La rente, voilà ce qui est important, lança Bansir. Je veux une rente capable d'alimenter sans cesse ma bourse, que je m'assoie sur le mur ou que je voyage en pays lointains. Arkad doit savoir comment un homme peut s'assurer une rente. Crois-tu qu'il puisse expliquer cela à un esprit aussi lent que le mien ? »
« Je pense qu'il a transmis son savoir à son fils Nomasir, répondit Kobbi. N'est-il pas parti pour Ninive et, selon ce qu'on répète à l'auberge, n'est-il pas devenu, sans l'aide de son père, l'un des hommes les plus riches de cette ville ? »
« Kobbi, ce que tu viens de me dire a fait surgir une superbe idée en moi. » Une nouvelle lueur parut dans les yeux de Bansir. « Il n'en coûte rien de demander un sage conseil à un bon ami et Arkad fut toujours un ami. Peu importe si nos bourses sont aussi vides que le nid du faucon de l'année dernière. Ne nous laissons pas arrêter par cela. Nous nous inquiétons de manquer d'or, au milieu de l'abondance. Nous désirons devenir riches. Viens ! Rendons-nous chez Arkad et demandons-lui comment nous pouvons, nous aussi, obtenir des rentes pour nous-mêmes. »
« Tu parles sur le coup d'une inspiration véritable, Bansir. Tu apportes à mon esprit une nouvelle compréhension de notre affaire. Tu me fais prendre conscience de la raison pour laquelle nous n'avons jamais eu notre part de richesse. Nous ne l'avons jamais cherchée activement. Tu as travaillé patiemment à construire les chars les plus solides de Babylone. Tu as concentré tous tes efforts dans ce but. Alors, tu as réussi. Je me suis efforcé de devenir un joueur de lyre de talent et j'y suis parvenu. »
« Là où nous avons tout mis en œuvre pour réussir, nous avons réussi. Les dieux étaient contents de nous laisser continuer ainsi. Maintenant, enfin, nous apercevons une lumière aussi brillante que le lever du soleil. Elle nous ordonne d'apprendre plus pour devenir plus prospères. Avec un nouvel entendement, nous trouverons des façons honorables de satisfaire nos désirs. »
« Rendons-nous chez Arkad aujourd'hui, reprit Bansir. Invitons également les amis de notre enfance qui n'ont pas mieux réussi que nous, à se joindre à nous, pour partager sa sagesse. »
« Tu es un ami vraiment attentif, Bansir. C'est pour ça que tu as beaucoup d'amis. Faisons comme tu dis. Allons aujourd'hui et amenons nos amis avec nous. »
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