Gary Chapman
Ce livre explique que chacun comprend l'amour d'une manière différente. Il identifie cinq façons de montrer son affection et aide à mieux comprendre les besoins émotionnels de son partenaire. Il aide à améliorer la communication dans la relation et à renforcer les liens affectifs en apprenant à aimer l'autre de la manière qu'il comprend réellement.
Extrait
Première partie
Le besoin d'amour
1. Que devient l'amour après le mariage ?
À dix mille mètres d'altitude, au bout d'une demi-heure de vol, mon voisin rangea sa revue dans la poche du siège devant lui, se tourna vers moi et me demanda :
– Quel genre de travail faites-vous ?
– Je suis conseiller conjugal et j'organise des séminaires pour améliorer la situation des mariages, répondis-je de manière très naturelle.
– Il y a longtemps que je désire interroger quelqu'un à ce sujet. Que devient l'amour après la cérémonie du mariage ?
Abandonnant tout espoir de faire un petit somme, je questionnai mon compagnon de voyage :
– Que voulez-vous dire ?
– J'ai vécu trois mariages ; chaque fois, c'était merveilleux avant les noces, mais après, j'ai dû déchanter.
– Tout l'amour que je croyais avoir pour elle et tout l'amour qu'elle semblait me porter se sont estompés. Je ne suis pas bête ; je dirige une affaire florissante, mais je ne comprends pas.
– Combien de temps avez-vous été marié ?
– La première union a tenu dix ans, la seconde, juste trois ans, et la troisième presque six ans.
– Votre amour s'est-il dissipé aussitôt après les noces, ou de manière graduelle ?
– Le deuxième mariage a fait naufrage dès le début. Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je croyais sincèrement que nous nous aimions, mais notre lune de miel a été une catastrophe, et nous n'avons jamais réussi à recoller les morceaux de notre rêve brisé. Nous n'étions ensemble que depuis six mois. Nous étions entichés l'un de l'autre. C'était vraiment un amour fou. Mais le mariage a rapidement dégénéré en disputes incessantes.
Quant à mon premier mariage, nous avons été heureux pendant trois ou quatre ans avant la naissance de notre premier enfant. J'ai senti par la suite que ma femme lui accordait beaucoup plus d'attention qu'à moi ; je ne comptais plus. C'était comme si son seul but dans la vie avait été d'avoir un enfant ; et lorsqu'il est né, elle n'a plus eu besoin de moi.
– Le lui avez-vous dit ?
– Bien sûr ! Elle m'a répondu que je déraisonnais. Que je ne comprenais pas le stress auquel elle était soumise en s'occupant d'un nouveau-né vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Que je devrais me montrer plus compréhensif et l'aider davantage. J'ai sincèrement essayé, mais cela n'a rien semblé changer entre nous. Alors, nos existences ont commencé à prendre des directions opposées et au bout d'un certain temps, il n'y eut plus d'amour entre nous. L'autre nous était devenu indifférent. Nous avons donc convenu d'un commun accord de rompre.
Mon troisième mariage ? Je pensais vraiment que ce serait différent. Cela faisait trois ans que mon divorce était prononcé. Nous nous sommes fréquentés pendant deux ans. Honnêtement, j'étais persuadé que chacun de nous savait ce qu'il faisait. Je me disais même que pour la première fois peut-être, j'avais découvert ce que signifiait aimer quelqu'un. Je sentais vraiment qu'elle m'aimait.
Je ne pense pas avoir changé après m'être marié. J'ai continué à lui témoigner le même amour qu'avant. Je ne manquais pas une occasion de lui dire combien elle était ravissante. Combien je l'aimais. Combien j'étais fier d'être son mari. Mais après quelques mois de vie conjugale, elle commença à se plaindre, d'abord pour des peccadilles ; elle me reprochait par exemple de n'avoir pas sorti la poubelle, ou de n'avoir pas suspendu mes vêtements. Un peu plus tard, elle s'en prit à mon caractère, déclarant qu'elle ne pensait pas pouvoir me faire confiance, m'accusant même de ne pas lui être fidèle. Elle devint totalement négative, alors qu'avant notre mariage, elle était l'une des personnes les plus positives que j'aie jamais rencontrées ; c'est d'ailleurs ce qui m'avait beaucoup attiré en elle. Elle ne râlait jamais, et était en admiration devant tout ce que j'entreprenais. Une fois mariés, ce fut comme si je ne savais plus rien faire de bon. Sincèrement, je ne sais pas ce qui s'est passé. Petit à petit, j'ai cessé de l'aimer et ai même commencé à éprouver du ressentiment envers elle. De toute évidence, elle ne m'aimait pas. Nous avons décidé tous les deux que cela n'avait plus de sens de vivre ensemble, et nous nous sommes séparés.
Les faits remontent à un an. C'est pourquoi je réitère ma question : que devient l'amour après la cérémonie du mariage ? Mon expérience est-elle partagée par d'autres ? Pourquoi tant de couples divorcent dans notre pays ? Je n'en reviens pas d'avoir vécu la séparation trois fois ! Et ceux qui ne divorcent pas, apprennent-ils à s'accommoder de la médiocrité, du néant ? L'amour parvient-il à rester vif et ardent dans certains mariages ? Si oui, comment ?
Les interrogations de ce passager du siège 5A faisaient échos aux questions formulées aujourd'hui par des milliers de personnes divorcées, séparées ou connaissant un mariage difficile. Certaines s'adressent à des amis, d'autres vont trouver des conseillers conjugaux ou des hommes d'église, d'autres encore se posent ces questions seulement en leur for intérieur. Les réponses sont parfois empêtrées dans un jargon psychologique presque incompréhensible, ou des plaisanteries et formules lapidaires contenant certes quelque vérité, mais n'ayant pas plus d'effet qu'une aspirine donnée à un cancéreux.
Le désir de connaître l'amour romantique dans le mariage est profondément ancré dans notre nature psychologique. Il n'existe pratiquement pas une seule revue grand public qui ne comporte un article sur la manière de stimuler l'amour dans le couple. Les livres sur ce sujet abondent. Que d'émissions de radio et de télé consacrées à cette question ! Sauver l'amour dans le couple est une affaire sérieuse.
Compte tenu du nombre de livres et de revues spécialisées, et de l'aide pratique offerte, comment se fait-il que si peu de couples trouvent le secret pour conserver leur amour vivace après le mariage ? Ainsi, deux conjoints participent à des ateliers sur la communication, y écoutent de formidables idées sur la manière d'enrichir la communication et une fois rentrés chez eux, se révèlent totalement incapables d'appliquer les modèles qui leur ont été présentés. Ou ils lisent un article sur les « 101 manières d'exprimer l'amour à son partenaire », en sélectionnant deux ou trois semblant particulièrement intéressantes, ils les mettent en pratique… et leur conjoint ne se rend même pas compte de leur effort ! Ils renoncent donc aux 98 autres suggestions et reprennent le cours normal de leur vie.
Les ouvrages et les articles déjà publiés ne sont pas inutiles, mais notre approche sera différente, car, semble-t-il, une vérité primordiale a été négligée : les gens parlent différents langages d'amour.
Il existe des groupes linguistiques principaux : le russe, le chinois, l'espagnol, l'anglais, le grec, l'allemand, le français, etc. Nous avons, pour la plupart d'entre nous, grandi en apprenant la langue de nos parents et de nos proches ; elle est devenue notre langue maternelle, ou première langue. Plus tard, il se peut que nous ayons appris d'autres langues, moyennant plus d'efforts. Ce sont des langues secondaires. Mais nous comprenons et parlons mieux notre langue natale. C'est dans celle-ci que nous nous sentons le plus à l'aise. Plus nous utilisons une langue secondaire, plus nous avons de la facilité à nous exprimer dans cette langue. Si nous ne parlons que notre langue maternelle et que nous rencontrons une personne qui ne s'exprime que dans sa langue natale, différente de la nôtre, notre communication sera très limitée. Nous devrons faire appel aux gestes, aux bruits, aux dessins, à la matérialisation de nos idées. Nous pourrons certes communiquer, mais de façon gauche et imparfaite. Les différences linguistiques font partie intégrante de la culture humaine. Si nous voulons communiquer efficacement avec des personnes d'autres cultures, nous devons apprendre leur langue.
Il en va de même dans le domaine de l'amour. Votre langage d'amour et celui de votre conjoint peuvent être aussi différents que le chinois l'est du français. Vous avez beau essayer d'exprimer votre amour en français, si votre conjoint ne comprend que le chinois, vous ne saurez jamais que vous vous aimez. L'ami rencontré dans l'avion utilisait notamment le langage des compliments avec sa troisième femme : « Je ne manquais pas une occasion de lui dire combien elle était ravissante. Combien je l'aimais. Combien j'étais fier d'être son mari. » Il exprimait son amour, et sincèrement à mon avis. Mais elle ne comprenait pas ce langage. Peut-être recherchait-elle de l'amour dans ses gestes et n'en trouvait-elle pas. La sincérité ne suffit pas. Si nous voulons être de bons communicateurs en amour, nous devons être prêts à apprendre le langage affectif fondamental de notre conjoint.
Après vingt ans d'expérience de conseil conjugal, je suis arrivé à la conclusion qu'il existe cinq moyens principaux pour exprimer l'amour, cinq langues sentimentales que parlent et comprennent les êtres humains. Sur le plan linguistique, une langue peut comporter plusieurs dialectes. Il en est de même pour les cinq langages sentimentaux de base. Lorsque des revues tirent « 10 façons de faire comprendre à votre conjoint que vous l'aimez », ou « 20 moyens de garder votre mari à la maison », ou encore « Les 365 expressions de l'amour conjugal », cela ne signifie pas qu'il existe 10, 20 ou 365 façons essentielles d'exprimer l'amour sentimental. Selon moi, il n'y en a que cinq. Mais il existe de nombreux dialectes. À l'intérieur d'une langue, le nombre de façons d'exprimer l'amour n'est limité que par notre manque d'imagination. L'important est de parler la langue sentimentale que comprend le conjoint.
Nous savons depuis longtemps que la structure émotionnelle de la personne se développe dans la prime enfance. Des enfants cultivent un sentiment de mésestime personnelle, alors que d'autres ont au contraire une saine image d'eux-mêmes. Certains vivent avec un sentiment d'insécurité, alors que d'autres ont de l'assurance. Nombre d'enfants grandissent en se sentant aimés, désirés et appréciés, et d'autres, en ne goûtant rien de tout cela.
Les enfants qui ressentent l'amour de leurs parents et de leurs semblables apprendront comme première langue sentimentale celle qui résulte de leur structure psychologique propre, mais aussi de la façon dont leurs parents et les personnes importantes de leur vie leur auront exprimé leur amour. Ils parleront et comprendront cette langue sentimentale. Plus tard, ils pourront en apprendre une deuxième, mais ils seront toujours plus à l'aise avec la première. Les enfants qui ne se sentent pas entourés de l'affection de leurs parents et de leurs proches apprendront eux aussi une première langue sentimentale, mais ils la connaîtront mal, comme des écoliers qui refusent d'appliquer les règles grammaticales ou qui ne font pas d'efforts pour enrichir leur vocabulaire. Ces bases insuffisantes ne les empêcheront pas de devenir de bons communicateurs. Mais pour y parvenir, ils devront travailler davantage que ceux qui ont déjà un acquis de base plus positif. De même, des enfants qui ont grandi dans un milieu où l'amour était « sous-développé » pourront néanmoins arriver à se sentir aimés et à communiquer leur amour, mais cela leur demandera plus d'efforts et plus de zèle que s'ils avaient évolué dans une ambiance saine et aimante.
Il est rare que mari et femme aient appris la même première langue sentimentale. Nous avons tendance à nous exprimer dans celle qui nous est familière depuis notre enfance, et nous sommes désemparés lorsque notre conjoint ne comprend pas ce que nous communiquons. Nous parlons d'amour, mais le message ne passe pas car pour notre partenaire nous nous exprimons dans une langue inconnue. Là réside le problème essentiel. C'est pourquoi j'ai osé écrire un livre de plus sur le sujet de l'amour.
Lorsque nous aurons découvert les cinq langages sentimentaux de base, que nous aurons discerné celui qui correspond à notre première langue, que nous aurons identifié le langage sentimental de notre conjoint, et appris à le parler, je pense que nous aurons trouvé la clé d'un mariage d'amour durable. Aucune fatalité n'exige que l'amour s'estompe après le mariage, mais pour le maintenir en vie, nous devons tous faire l'effort d'apprendre une deuxième langue sentimentale. Nous ne pouvons compter sur notre langue natale si notre conjoint ne la comprend pas. Si nous voulons qu'il ou elle sente l'amour que nous essayons de lui communiquer, nous devons l'exprimer dans sa première à lui (ou elle).
2. Se sentir aimé !
Le mot amour est un terme incontournable de la langue française, et en même temps des plus ambigus.
Les penseurs s'accordent à dire que l'amour joue un rôle primordial dans la vie. On nous dit que « l'amour a toujours été la plus grande des affaires, ou plutôt la seule » (Stendhal), que « l'amour triomphe de tout » (Virgile), que c'est lui qui fait marcher les hommes. Des milliers de livres, de chansons, de revues et de films usent et abusent de ce mot. De nombreux systèmes philosophiques et théologiques font la part belle à l'amour. Et le fondateur du christianisme a voulu que l'amour soit le signe distinctif de ses disciples (Évangile de Jean).
Les psychologues en ont déduit que le besoin de se sentir aimé est pour l'homme un besoin affectif fondamental. Par amour, nous escaladons des montagnes, franchissons des mers, traversons des déserts de sable et endurons les pires privations. Sans amour, les montagnes deviennent insurmontables, les mers et les déserts infranchissables, et les tribulations un fardeau insupportable. Paul, l'apôtre des païens, a sublimé l'amour en déclarant que les plus belles œuvres et les plus grands sacrifices accomplis par les hommes sont en fait réduits à néant s'ils n'émanent pas de l'amour. Il conclut que les trois vertus qui survivront à la dernière scène du drame humain sont « la foi, l'espérance et l'amour ; mais la plus grande, c'est l'amour » (1ʳᵉ Épître aux Corinthiens).
Si nous reconnaissons sans peine que le mot amour a toujours été un maître-mot dans toutes les couches de la société, autrefois comme aujourd'hui, nous devons également reconnaître qu'il a de multiples significations. Nous l'utilisons de mille manières différentes. Nous disons facilement « J'aime les frites », et dans le même souffle « J'aime ma mère ». Nous déclarons aimer certaines activités : la natation, le ski, la chasse. Nous aimons des choses : la nourriture, les voitures, notre maison. Nous aimons des animaux : chiens, chats, canaris. Nous aimons la nature : arbres, herbe, fleurs, neige. Nous aimons des gens : mère, père, fils, fille, parents, épouse, mari, amis. Nous aimons même l'amour.
Et si ce n'était pas déjà assez compliqué, nous utilisons encore l'amour pour justifier nos comportements : « Je l'ai fait parce que je l'aime. » Voilà l'explication qu'on donne à toutes sortes d'actions. Un homme s'engage dans une relation adultère qu'il nomme amour. Le prédicateur, quant à lui, la dénonce comme péché. La femme d'un alcoolique ramasse les débris de ce que son mari vient de casser au cours de sa dernière crise. Elle le fait par amour ; mais pour le psychologue, c'est de la codépendance. Le parent cède aux désirs de l'enfant, par amour selon lui ; le conseiller familial qualifierait ce choix de faiblesse ou d'éducation irresponsable. Qu'est-ce qu'un comportement dicté par l'amour ?
Le but de ce livre n'est pas de dissiper toute la confusion qui entoure le mot amour, mais d'attirer l'attention sur le genre d'amour qui est essentiel à notre santé émotionnelle. Les pédopsychiatres affirment que tout enfant a certains besoins affectifs fondamentaux qui doivent être satisfaits pour qu'il devienne une personne émotionnellement stable. Parmi ces besoins, aucun n'est aussi vital que l'amour et l'affection, c'est-à-dire la certitude de savoir qu'il appartient à quelqu'un et qu'il est désiré. Si l'enfant est entouré de suffisamment d'affection, il deviendra un adulte responsable. Sans cet amour, il sera handicapé sur le plan de l'affectivité et de la sociabilité.
J'ai beaucoup apprécié la métaphore utilisée par le Dr Ross Campbell, un psychiatre spécialisé dans le traitement des enfants et des adolescents :
Dans chaque enfant se trouve un « réservoir émotionnel » qui ne demande qu'à être rempli d'amour. Quand l'enfant se sent aimé, il se développe normalement, mais quand son réservoir d'amour est vide, il connaît par la suite des problèmes comportementaux. La plupart du temps, les écarts de conduite de l'enfant s'expliquent par son obsession à vouloir soutirer de l'affection d'un réservoir qui reste obstinément vide.
En l'écoutant, je me remémorai les centaines de parents qui étaient venus me parler des méfaits de leur progéniture. Je ne m'étais jamais jusqu'alors représenté un réservoir vide à l'intérieur de ces enfants, mais j'en ai constaté les résultats. Leur inconduite révélait leur quête désordonnée d'un amour qu'ils ne pouvaient puiser dans leur réservoir. Ils cherchaient l'affection aux mauvais endroits et en usant des plus mauvais moyens.
Je me souviens de Julie, une adolescente de treize ans, traitée pour une maladie sexuellement transmissible. Ses parents étaient effondrés. Ils étaient en colère contre elle, mais ils en voulaient également à l'école qu'ils accusaient de lui avoir parlé de sexe. Pourquoi Julie avait-elle fait cela ? me demandèrent-ils.
Au cours de mes entretiens avec elle, Julie me raconta que...