Psychologie / Le Moine qui vendit sa Ferrari
Psychologie Couverture du livre Le Moine qui vendit sa Ferrari de Robin Sharma

Le Moine qui vendit sa Ferrari

Robin Sharma

Sous forme d'un récit inspirant, ce livre raconte l'histoire d'un avocat brillant qui décide de tout abandonner après une crise personnelle afin de partir à la recherche d'un sens plus profond à sa vie. Il invite à réfléchir sur ses priorités et à mieux équilibrer réussite professionnelle et épanouissement personnel.

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Chapitre UN

L'alerte

Il s'affaissa subitement au beau milieu de la salle d'audience comble du tribunal. C'était l'un des avocats plaidants les plus distingués du pays. C'était également un homme connu aussi bien pour les costumes italiens à trois mille dollars qui ornaient son corps bien nourri que pour sa remarquable collection de victoires juridiques. Je restais là sans bouger, paralysé par la scène saisissante qui venait de se dérouler sous mes yeux. Le grand Julian Mantie, réduit soudain au rôle de victime, se tordait maintenant sur les sols comme un nourrisson impuissant, tremblant, frissonnant, et transpirant comme un dément.

À partir de ce moment-là, tout sembla s'enchaîner au ralenti. « Mon Dieu, Julian se trouve mal ! », cria son adjointe, dont les émotions nous offrirent l'image aveuglante de la réalité. Le juge paniqué marmonna rapidement quelque chose dans le téléphone privé qu'elle avait fait installer pour les cas d'urgence. Quant à moi, je ne pouvais que rester là, l'esprit confus et embrumé. « Je t'en prie, ne meurs pas, vieux fou. Il est trop tôt pour que tu nous quittes. Tu ne mérites pas de mourir comme ça. »

Pourtant, il m'avait choisi parmi tous les autres qui avaient fait pression discrètement sur lui pour avoir le privilège d'être l'homme juridique à tout faire lors du procès qui fut connu sous le nom de « L'ancêtre de tous les procès criminels ». Il disait qu'il aimait mon appétit. Bien entendu, nous avons gagné et le cadre supérieur qui avait été accusé d'avoir assassiné brutalement sa femme était maintenant un homme libre, ou aussi libre que sa conscience chargée lui permettait de l'être.

Cet être-là, ma propre éducation, fut riche. C'était beaucoup plus qu'une leçon sur la façon de créer un doute raisonnable.

Lorsqu'il n'en existait aucun, n'importe quel avocat digne de ce nom pouvait en faire autant. C'était une leçon sur la psychologie de la victoire et une rare occasion d'observer un maître au travail. J'avais absorbé tout cela comme une éponge.

J'acceptai l'invitation de Julian de travailler dans le cabinet d'avocats comme adjoint, et une amitié durable se créa rapidement entre nous. Je dois admettre qu'il n'était pas le plus facile des avocats avec lequel travailler. Lui servir d'aide était souvent un exercice frustrant qui menait à bien d'autres choses. Que quelques altercations tard dans la nuit. Il fallait vraiment lui obéir ou partir. Cet homme ne pouvait jamais se tromper. Cependant, sous ses dehors rébarbatifs et bourrus, il y avait un homme qui s'intéressait sincèrement aux autres.

Même s'il était très occupé, il demandait toujours des nouvelles de Jenny, la femme que j'appelais encore « ma petite fiancée », bien que nous nous étions mariés avant que j'entre à la faculté de droit.

Lorsqu'il découvrit par un autre stagiaire que j'étais dans une situation financière difficile, Julian prit des dispositions pour que je reçoive une bourse d'études généreuse. Bien sûr, je ne pouvais pas tenir tête aux plus brillants de ses collègues et, bien entendu, il aimait s'éclater, mais il ne négligeait jamais ses amis. Le vrai problème était que Julian était obsédé par le travail.

Durant les premières années, il justifiait ses longues heures de travail en disant qu'il le faisait pour « le bien de la boîte », qu'il avait l'intention de prendre un mois de congé et d'aller dans les îles Caïmans « sixièmement l'hiver prochain ». A mesure que le temps passait, toutefois, la réputation de brillant avocat de Julian s'étendait, et sa charge de travail continuait à augmenter. On lui confiait des causes de plus en plus importantes, et Julian n'étant pas le genre d'homme à reculer devant un bon défi, il continuait à travailler de plus en plus dur. Durant ses rares moments de calme, il me confiait qu'il ne pouvait plus guère dormir que deux heures sans se réveiller avec un sentiment de culpabilité, parce qu'il n'était pas en train de travailler à un dossier. Je compris rapidement qu'il était consumé par le désir d'obtenir toujours davantage : davantage de prestige, davantage de gloire et davantage d'argent.

Comme il fallait s'y attendre, la réussite de Julian fut éclatante. Il obtint tout ce que la plupart des gens peuvent désirer : une réputation professionnelle de premier plan avec un revenu qui dépassait le million, un château spectaculaire dans un quartier habité par des célébrités, un jet privé, une villa d'été située sur une île tropicale et, la prunelle de ses yeux, une Ferrari rouge brillant de tous ses feux, qu'il garait au centre de l'allée menant à sa résidence.

Pourtant, je savais que les choses n'étaient pas aussi idylliques qu'elles semblaient l'être en apparence. Je pouvais observer les signes d'un désastre imminent non pas parce que j'étais plus perspicace que mes autres collègues, mais simplement parce que je passais plus de temps qu'eux avec lui. Nous étions toujours ensemble parce que nous étions toujours en train de travailler. Les choses ne semblaient jamais ralentir. Il y avait toujours à l'horizon une autre cause sensationnelle plus importante que la précédente. Nous n'étions jamais assez préparés pour Julian. Que se passerait-il si le juge soulevait cette question ou cette autre ? Que Dieu nous en préserve ! Que se passerait-il si notre recherche n'était pas tout à fait parfaite ? Que se passerait-il si, au beau milieu d'une salle de tribunal comble, il était surpris tel un cerf pris dans la lumière crue d'une paire de phares ? Donc, nous allions au bout de nos forces et je fus aussi aspiré dans son petit monde axé sur le travail. Nous étions là, deux esclaves de l'heure, travaillant avec acharnement au soixante-quatrième étage d'un quelconque monolithe d'acier et de verre, convaincus que nous étions les maîtres du monde, aveuglés par une version illusoire du succès, tandis que la plupart des gens normaux étaient chez eux entourés de leur famille.

Plus je passais de temps avec Julian, plus je pouvais voir qu'il était en train de se détruire lentement. Il semblait avoir une sorte de désir de mort. Rien ne pouvait jamais le satisfaire. Son mariage fut un échec au bout du compte, il ne parlait plus à son père, et même s'il avait toutes les possessions matérielles que l'on puisse désirer, il n'avait toujours pas trouvé ce qu'il cherchait. Cela se voyait sur tous les plans, émotionnel, physique, et spirituel.

À cinquante-trois ans, Julian avait l'air d'un homme qui s'approchait à grands pas de ses quatre-vingts ans. Son visage était sillonné de rides, et c'était un prix fort peu glorieux de son approche excessive de la vie en général, et du stress épouvantable de sa vie déséquilibrée en particulier. Les dîners tardifs dans les restaurants français coûteux, les gros cigares cubains et les verres de cognac successifs en avaient fait un homme obèse. Il se plaignait constamment d'en avoir assez d'être fatigué et malade. Il avait perdu son sens de l'humour et ne riait plus jamais. La nature enthousiaste de Julian avait été remplacée par une morosité mortelle. Je pense passionnellement que sa vie n'avait plus aucun sens.

La chose la plus triste peut-être était qu'il avait aussi perdu sa concentration au tribunal. Alors qu'auparavant il éblouissait tous ceux qui étaient présents par ses conclusions éloquentes et indiscutables, maintenant, il radotait pendant des heures, divaguant au sujet de causes obscures qui n'avaient que peu ou pas de rapport avec l'affaire dont la Cour était saisie. Alors qu'auparavant il réagissait élégamment aux objections de l'avocat de la partie adverse, il répliquait maintenant par des sarcasmes mordants qui mettaient sérieusement à l'épreuve la patience des juges qui l'avaient perçu antérieurement comme un génie du Barreau. En deux mots, l'étincelle de vie de Julian avait commencé à vaciller.

Ce n'était pas seulement la fatigue causée par son rythme de vie frénétique qui l'entraînait prématurément vers sa mort. J'avais le sentiment qu'il entretenait des raisons plus profondes. Il semblait que c'était quelque chose de spirituel. Presque chaque jour, il me disait qu'il n'avait plus aucune passion pour ce qu'il faisait et se sentait enveloppé par le vide. Julian me confia que lorsqu'il était un jeune avocat, il avait vraiment aimé le droit, bien qu'il ait été poussé au départ dans cette direction par les exigences sociales de sa famille. Les complexités du droit et les défis intellectuels qu'il lui posait l'avaient fasciné et électrisé. Le pouvoir de réaliser des changements sociaux l'avait inspiré et motivé. À cette époque-là, il était bien autre chose qu'un jeune richard du Connecticut. Il se voyait vraiment comme une force du bien, un instrument d'amélioration sociale qui pouvait utiliser ses talents évidents pour aider les autres. Cette vision donnait un sens à sa vie. Elle lui donnait un but et nourrissait ses espoirs.

Son désintérêt pour sa profession n'était cependant pas la seule explication à la chute de Julian. Il avait vécu une grande tragédie avant que je fasse sa connaissance. Selon l'un des principaux associés, quelque chose de réellement exécrable lui était arrivé, mais personne ne voulait en parler. Même le vieux Harding, l'associé directeur général, bavard impénitent, qui passait plus de temps au bar du Ritz-Canton que dans son bureau dont les dimensions disproportionnées étaient gênantes, disait qu'il avait juré de ne rien révéler. Quel que soit ce profond secret, je soupçonnais qu'il avait, d'une certaine façon, contribué à la spirale descendante de Julian. Bien sûr, j'étais curieux, mais surtout, je voulais L'aider. Il n'était pas seulement mon mentor, il était aussi mon meilleur ami.

Et puis, c'est arrivé. Cette terrassante crise cardiaque fit s'effondrer le brillant Julian Mantie et le ramena à son état de mortel. Exactement au milieu de la salle de tribunal numéro 7, un lundi matin, la même salle où nous avions gagné le procès qui avait été « l'ancêtre de tous les procès criminels ».

CHAPITRE DEUX

Le mystérieux visiteur

C'était une réunion convoquée d'urgence pour tous les membres du cabinet d'avocats. Pendant que nous nous entassions dans la principale salle de réunion du conseil d'administration, je pouvais voir qu'il y avait un sérieux problème. Le vieux Harding fut le premier à prendre la parole.

« Je suis au regret d'avoir à vous annoncer de très mauvaises nouvelles. Julian Mantie a eu une grave crise cardiaque au tribunal hier pendant qu'il plaidait dans l'affaire Air Atlantic. Il est accueilli aux soins intensifs, mais ses médecins m'ont fait savoir que son état est maintenant stable et qu'il se remettra. Cependant, Julian a pris une décision, une décision que vous devez tous connaître. Il a décidé de quitter notre famille et d'abandonner la profession. Il ne reviendra pas ici. »

J'étais sous le choc. Je savais qu'il avait sa part de problèmes, mais je n'avais jamais pensé qu'il abandonnerait. En outre, après tout ce que nous avions traversé ensemble, je pensais qu'il aurait dû avoir la courtoisie de me dire cela personnellement. Il ne voulait même pas que je lui rende visite à l'hôpital. Chaque fois que j'y allais, les infirmières avaient reçu instruction de me dire qu'il dormait et qu'il ne fallait pas le déranger. Il avait même refusé de répondre à mes appels au téléphone. Peut-être que je lui rappelais une vie qu'il voulait oublier. Qui sait ? Je ne peux cependant pas vous cacher que ça faisait mal.

Cet épisode s'est passé il y a trois ans. La dernière fois que j'ai entendu parler de lui, Julian était parti en Inde pour une sorte d'expédition. Il avait dit à l'un de ses associés qu'il voulait que sa vie soit plus simple : il avait « besoin de quelques réponses » et il espérait les trouver dans ce pays mystique. Il avait vendu son château, son jet et son île privés. Il avait même vendu sa Ferrari. « Julian Mantie en yogi indien », pensai-je. « Le droit produit des résultats tout à fait mystérieux. »

Durant ces trois années, de jeune avocat surmené, j'étais devenu un avocat blasé et quelque peu cynique. Ma femme Jenny et moi avons eu des enfants. Petit à petit, j'ai commencé ma propre recherche pour trouver un sens à la vie. Je crois que c'était à cause des enfants. Ils changèrent fondamentalement ma façon de voir le monde et le rôle que je devais jouer. Mon père avait eu le mot juste lorsqu'il m'avait dit : « John, sur ton lit de mort, tu ne regretteras jamais de n'avoir pas passé plus de temps au bureau. » Je commençais donc à passer plus de temps chez moi. Je m'installais dans une existence assez agréable, mais plutôt ordinaire. Je devins membre du club Rotary et je jouais au golf le samedi pour faire plaisir à mes associés et à mes clients. Mais je dois vous dire que, dans mes moments de calme, je pensais souvent à Julian et je me demandais ce qu'il lui était arrivé durant ces années, depuis le jour où nous nous étions quittés à l'improviste.

Il s'était peut-être établi en Inde, un pays qui offre tant de diversités que même une âme agitée comme la sienne aurait pu s'y installer. Ou peut-être qu'il parcourait à pied le Népal ? Qu'il faisait de la pêche sous-marine au large des îles Caïmans ? Une chose était certaine : il n'exerçait plus sa profession d'avocat. Personne n'avait reçu la moindre carte postale de lui depuis qu'il était parti pour cet exil qu'il s'était imposé loin du droit.

Il y a deux mois environ, on frappa à ma porte et je reçus les premières réponses à certaines de mes questions. Je venais de quitter mon dernier client après une journée épuisante, quand Geneviève, ma brillante adjointe, passa la tête dans mon petit bureau élégamment meublé.

« Il y a quelqu'un ici qui désire vous voir, John. Il dit que c'est urgent et qu'il ne partira qu'après vous avoir parlé. »

« Je suis sur le point de m'en aller, Geneviève », répliquai-je impatiemment. « Je m'en vais manger quelque chose sur le pouce avant de terminer le dossier Hamilton. Je n'ai pas le temps de voir qui que ce soit maintenant. Dites-lui de prendre rendez-vous comme tout le monde, et appelez la sécurité s'il vous cause des problèmes. »

« Mais il dit qu'il a absolument besoin de vous voir. Il ne m'écoute pas quand je lui dis que c'est impossible ! »

Durant un instant, je songeai à appeler la sécurité moi-même, mais je me rendis compte qu'il s'agissait peut-être de quelqu'un qui était dans le besoin, et je pris une attitude plus indulgente.

« Bon, faites-le entrer », dis-je en changeant d'avis. « J'ai sans doute besoin d'un nouveau client de toute façon. »

La porte de mon bureau s'ouvrit lentement, jusqu'à ce qu'elle soit grande ouverte, et révéla un homme souriant, dans la trentaine. Il était grand, mince et musclé, et rayonnait de vitalité et d'énergie. Il me rappela un de ces étudiants parfaits avec qui j'allais à la faculté de droit, dont les familles étaient parfaites, qui possédaient des maisons parfaites, des voitures parfaites et des peaux parfaites. Mais mon visiteur avait autre chose en plus de sa jeunesse et de sa beauté. Une sorte de paix profonde lui donnait une présence presque divine. Et ses yeux, des yeux bleus qui me transpercèrent de part en part et me firent penser au tranchant du rasoir sur la chair souple d'un adolescent anxieux.

« Encore un avocat arrogant qui se lance à la poursuite de mon poste », pensai-je. « Bon Dieu, pourquoi est-ce qu'il reste là sans bouger à me regarder ? J'espère que je ne suis pas l'avocat de sa femme dans cette grande affaire de divorce que j'ai gagnée la semaine dernière. Peut-être qu'appeler la sécurité n'était pas une si mauvaise idée après tout. »

Le jeune homme continuait à me regarder, tout comme le Bouddha souriant aurait regardé un de ses disciples favoris. Après un long moment de silence gênant, il m'adressa la parole sur un ton autoritaire qui me surprit : « C'est comme ça que tu traites tous tes visiteurs, John, même ceux qui t'ont appris tout ce que tu sais sur la façon de remporter des succès au tribunal ? J'aurais dû garder mes secrets professionnels pour moi-même », dit-il, tandis que ses lèvres charnues s'étiraient en un large sourire.

Une sensation étrange me chatouilla le creux de l'estomac. Je reconnus immédiatement cette voix rauque aux intonations caressantes. Mon cœur se mit à battre la chamade.

« Julian ? C'est toi ? Je ne peux pas y croire ! C'est vraiment toi ? »

Le rire bruyant du visiteur confirma mes soupçons. Le jeune homme qui se tenait devant moi n'était nul autre que...

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